Quand la GRC et le SCRS mettaient en garde contre la Chine

Quand la GRC et le SCRS mettaient en garde contre la Chine

lun, 11/02/2019 – 19:10
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L'affaire Huawei nous ramène 22 ans en arrière, quand l'ingérence chinoise inquiétait déjà les autorités canadiennes.

Voici la ou les sources de cet article : Prime Time Crime, The Globe and Mail, Le Journal de Montréal, South China Morning Post et Le Courrier internationalVoici la source de la photo : CC0

En 1997, la GRC et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) avaient perçu une menace sérieuse : l'intrusion chinoise dans la société canadienne. Intitulé Sidewinder, un rapport secret rédigé par les deux agences avait été mis au jour en avril 2000 par le journaliste Andrew Mitrovica du Globe & Mail. Les informations contenues dans Sidewinder avaient été jugées si sensibles par les responsables du SCRS que le rapport avait été expurgé et réécrit avant qu'une version édulcorée ne soit distribuée à d'autres organismes gouvernementaux.

De quoi y était-il question ? D'une sorte d'alliance conclue entre le gouvernement chinois, ses services de renseignement, des magnats de Hong Kong et les triades criminelles, dont les objectifs ultimes étaient décrits en quatre points :

  • Voler des secrets dans le domaine de la haute technologie.
  • Blanchir les fonds issus d'activités illégales.
  • Étendre l'influence de la diaspora chinoise auprès du cercle politique canadien.
  • Obtenir le contrôle d'entreprises canadiennes.

À l'époque, la GRC et le SCRS estimaient que depuis le début des années 80, plus de 200 entreprises canadiennes avaient été soit avalées par des conglomérats chinois soit infiltrées par des figures clés de l'Empire du Milieu. Un certain nombre de criminels chinois, précisait Sidewinder, étaient passés entre les mailles du filet grâce au programme « immigrants investisseurs ». Et l'un des noms qui apparaissait en première ligne du rapport de la GRC et du SCRS était Li Ka-Shing, PDG de China International Trust and Investment Corporation, ou CITIC Group.

En Colombie-Britannique, Li Ka-Shing en menait large : il possédait, avec l'un de ses fils, au moins un sixième – et peut-être même jusqu'à un tiers – du centre-ville de Vancouver, selon la GRC et le SCRS, et il avait pendant un temps détenu 10 pour cent des actions de la Banque CIBC, ce qui en faisait le plus important détenteur de titres. Avec cette institution, il avait noué un partenariat dans l'achat du terrain où s'était déroulée l'Expo 86 à Vancouver, lequel terrain valait la « modique » somme de 3 milliards de dollars.

Li Ka-Shing était pourtant bien connu des services policiers. Car le milliardaire aurait conclu des accords avec les chefs de deux riches familles de Hong Kong, Robert Kwok et Henry Fok Ying-Tung, soupçonnés de liens directs avec les triades. Kwok était impliqué dans le trafic d'héroïne avec la Birmanie, tandis que le fils de Ying-Tung faisait entre autres dans le trafic d'armes, lui qui avait une fois tenté d'introduire aux États-Unis une cargaison de Kalachnikovs fabriquées en Chine.

Une entreprise d'armement détenue par l'État chinois, Northern Industrial Corporation (Norinco), a multiplié les partenariats avec la CITIC Group de Li Ka-Shing. Au milieu des années 90, de nombreuses cargaisons d'armes fabriquées par Norinco avaient été saisies dans les réserves amérindiennes des Mohawks, en banlieue de Montréal.

CITIC Group a entretenu pendant des décennies des relations d'affaires avec la société de portefeuille canadienne Power Corporation, de la famille Desmarais. Power Corporation était en partie propriétaire, jusqu'en 2015, de CITIC Pacific, une filiale du conglomérat, dont une autre filiale, CITIC Securities, a été citée dans les Panama Papers pour avoir investi dans des paradis fiscaux. On avait aussi soupçonné les dirigeants de la compagnie de délits d'initiés et d'avoir causé la fuite d'informations hautement confidentielles. En mai 2017, CITIC Securities a dû payer une amende de 45 millions en raison de ces activités.

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