La cause d'Heidi Rathjen

La cause d'Heidi Rathjen

jeu, 31/01/2019 – 06:30
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Les propositions des chasseurs commandent l'implication de gens pour venir en aide à d'autres gens. Qui peut être contre?

Voici la source de la photo : Capture d'écran (7 jours sur Terre)

J'ai visionné, la semaine dernière, l'entrevue qu'accordait Heidi Rathjen de l'organisme Polysesouvient à Benjamin Tremblay du média indépendant 7 jours sur Terre. Une entrevue dont le thème, vous l'aurez deviné, était le controversé registre québécois des armes à feu.

Si les questions du journaliste ouvraient la porte à une conversation objective, les réponses de Mme Rathjen, elles, laissaient perplexe le spectateur qui, comme moi, connaissait un tant soit peu ce dossier épineux.

Allons droit au but. Vous aurez ensuite le loisir de visionner l'entrevue en question ici.

J'ai trouvé particulièrement réductrices les réponses de la dame aux propositions de la communauté des propriétaires d'armes à feu transmises par M. Tremblay. Déjà, de tourner en ridicule la proposition d'investir en santé mentale les sommes prévues pour le registre démontre son mépris pour les mains tendues, pour le consensus et pour les chasseurs tout court.

Selon elle, « ce n'est pas 20 millions de dollars qui changeront grand-chose à un budget qui dépasse déjà le milliard ». Évidemment, vu de cette façon simpliste, il est clair qu'il n'est pas souhaitable de verser plus d'eau dans une baignoire qui fuit déjà. Mais j'ose croire que c'est par réflexe que Mme Rathjen a réagi négativement à cette proposition. Car en effet, il semble que tout le monde, sauf elle, aura compris ce que renferment, dans les faits, les propositions des propriétaires d'armes à feu.

Quand on prend le temps de décortiquer ces propositions, on découvre que celles-ci, étrangement, répondent à peu de choses près aux principales demandes (mais pas toutes) formulées quelques jours plus tôt par M. Boufeldja Benabdallah du Centre culturel islamique de Québec. En gros, il propose de prendre les moyens nécessaires pour resserrer le filet afin d'intercepter les personnes malveillantes AVANT qu'elles n'aient accès à des armes à feu. En d'autres mots, assurer un contrôle accru de l'accès au permis de possession et d'acquisition d'armes à feu (PPA) semble la voie logique à suivre.

On comprend donc que, selon M. Benabdallah, un registre des armes à feu intervient trop en aval du problème pour pouvoir être d'une efficacité mesurable. On ne peut qu'être d'accord avec lui puisque lorsqu'une arme est entre de mauvaises mains, fut-elle enregistrée, c'est qu'il est effectivement trop tard pour prévenir quoi que ce soit.

Et pourtant, les chasseurs et tireurs sportifs s'évertuent, eux aussi, à dire depuis tellement d'années que la solution est en amont. Même qu'ils ajoutent que nous avons le devoir, en tant que société, de nous occuper tout autant des personnes en détresse, pas seulement des tueurs. Mme Rathjen devrait donc comprendre que par « investir en santé mentale », les propriétaires d'armes à feu souhaitent aussi que soient renforcés les mécanismes de détection de troubles psychologiques avant que ne soit émis un PPA. Ce qui implique, bien sûr, la fin du laxisme institué au Bureau du contrôleur des armes à feu (laxisme que Mme Rathjen elle-même admet) et la mise à disposition de ressources accrues pour approfondir ses investigations.

Plus encore, ils demandent plus d'intervenants, psychologues et travailleurs sociaux, pour accompagner les personnes vulnérables – sur le terrain, pas dans les bureaux – dès lors qu'il y a doute qu'elles représentent un danger pour elles-mêmes ou pour la sécurité de la collectivité; un accompagnement qui doit se prolonger jusqu'au processus de guérison; aussi, plus de support, toujours sur le terrain, pour les proches qui doivent composer avec ces situations tellement délicates; dépistage de la violence conjugale chez les propriétaires d'armes à feu. Et quoi encore.

Bref, il y en a bien aussi pour 20 et quelques millions. Juste là. Mais à la différence que les propositions des chasseurs et tireurs sportifs, loin de se résumer à un statique bout de papier, commandent l'implication de gens pour venir en aide à d'autres gens. Plus de ressources. Plus de travail sur le terrain. Moins de bureaucratie, plus de contacts humains. Qui peut être contre?

Imaginons un instant qu'avec des outils adéquats, nous ayons réussi à démasquer Gill, à désamorcer Bissonnette ou à dépister des personnes vulnérables avant même de leur accorder un PPA?

Mais pourquoi donc Mme Rathjen est-elle sourde à des propositions qui feraient certainement consensus si on se donnait la peine de les étudier? Pourquoi les dénigrer?

Je me risque à formuler l'hypothèse suivante : tout simplement, c'est que « sa » cause ne serait plus exclusivement la sienne. Elle deviendrait tout naturellement celle de M. Benabdallah, celle des chasseurs et tireurs sportifs, celle des familles des victimes qui, en passant, ne comptent pas QUE celles de la Polytechnique. Celle des Premières Nations. À la rigueur, celle de toute notre société. Un bébé consensuel, bien vivant et appelé à grandir.

Hélas! Heidi, entêtée, tient le bébé bien serré contre elle, pourtant un bébé moribond et sans avenir. Et elle fait le vide autour d'elle pour éviter que l'on se rende compte que sa croisade n'a aucun sens, considérant les objectifs qu'elle prétend poursuivre. Admettons-le.

Or, en dénigrant ainsi des propositions viables et rassembleuses, Mme Rathjen méprise du coup les réels besoins de notre société en termes de sécurité relative à l'utilisation des armes à feu. En étouffant de ses comparaisons boiteuses des idées qui, pourtant, ont tout intérêt à émerger, elle méprise aussi les besoins des personnes en détresse qui sont encore laissées à elles-mêmes plutôt que d'être prises sous notre aile. Enfin, elle méprise la réalité quotidienne des Premières Nations qui sont, encore plus que nous, accablées par le fléau épouvantable du suicide chez les jeunes.

À sa décharge, il faut préciser qu'elle n'est pas la seule à le faire, puisqu'en instituant le registre des armes à feu, le ministère de la Sécurité publique ainsi que le Contrôleur des armes à feu s'essuient tout autant les pieds sur le dos des chasseurs et tireurs sportifs, plutôt que d'admettre leur responsabilité. À cet égard, la croisade de 30 ans de Mme Rathjen pour la mise sur pied d'un registre les aura bien servis en camouflant pendant tout ce temps leur suffisance et leur paresse à se remettre en question. Mais plus triste encore, en faisant obstruction aux solutions viables, ce triumvirat pourrait, sans même le réaliser, avoir fait obstruction au sauvetage de tellement de vies pendant toutes ces années.

C'est là sans doute le prix de l'immobilisme et la preuve que le ridicule tue.

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