Le réseau d'Adil Charkaoui : les origines

Le réseau d'Adil Charkaoui : les origines

ven, 20/10/2017 – 11:10
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Terrorisme, discours haineux, radicalisation : Adil Charkaoui en a fait voir de toutes les couleurs aux Québécois. Cet article fait partie de notre dossier sur la montée de l'intégrisme au Québec.

Marocain émigré au Canada en 1995, Adil Charkaoui s'est fait connaître pour ses nombreux démêlés avec la justice canadienne et québécoise. Dans ce dossier sur l'intégrisme au Québec, deux articles sont consacrés à Charkaoui. Celui-ci, le premier, s'attaque à l'historique de l'homme au sein de la mouvance islamiste.

Entraînement en Afghanistan

Quand, en janvier 2002, des agents du Service de renseignement de sécurité (SCRS) ont interrogé Ahmed Ressam, ils ne s'attendaient pas à obtenir autant d'information de sa part. Ressam avait été membre de la cellule montréalaise du Groupe islamique armé (GIA), une organisation algérienne affiliée à Al-Qaida. Il purge aux États-Unis une peine de 22 ans pour avoir voulu faire sauter l'aéroport de Los Angeles. Lorsque les agents du SCRS lui avaient montré deux photographies d'un individu qu'ils soupçonnaient d'appartenir au GIA, Ressam leur avait divulgué son nom sans hésiter : Zubeir al-Maghrebi, aussi connu sous le nom d'Adil Charkaoui.

Ressam avait révélé aux agents qu'il s'était entraîné durant l'été 1998 avec Charkaoui dans le camp de Khalden, en Afghanistan, dirigé par Al-Qaida, ce qu'a toujours nié Charkaoui, qui a dit être allé au Pakistan, et non en Afghanistan, pendant cinq mois en 1998. Pourtant, Abou Zubaydah, un des organisateurs d'Al-Qaida qui avait entre autres la tâche de superviser des camps d'entraînement appartenant à l'organisation, avait aussi reconnu Charkaoui sur une photographie.

Projets d'attentats contre un avion de ligne

Charkaoui gravitait donc assurément autour de la cellule montréalaise du GIA. À des agents du SCRS, il avait fourni ces informations à propos du processus de recrutement à Montréal : « Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. C'est l'effet entonnoir. Un individu considéré par un recruteur comme ayant du potentiel sera amené à participer à certaines activités ayant trait au jihad. L'individu est testé. Si on perçoit chez cet individu une faille quelconque quant à la sécurité qu'il doit respecter, il sera immédiatement expulsé du groupe. » On ne peut être plus clair.

Il faut dire que les autorités canadiennes soupçonnaient depuis longtemps Charkaoui de participer à des activités terroristes ; c'est pourquoi elles le suivaient en filature et enregistraient ses conversations téléphoniques. Et l'une de ces conversations, interceptée à l'été 2000, portait sur un attentat contre un avion de ligne en plein vol entre Montréal et la France. Dans cette conversation, Charkaoui disait ceci à son complice, Abousfian Abdelrazik : « Nous pourrions tous nous enregistrer le même jour et chaque personne embarquerait séparément. Il y en aurait deux en avant, deux au [inaudible] et deux derrière. Six en tout ». Lorsque son interlocuteur disait croire que le projet était dangereux, Charkaoui lui a répondu qu'il serait alors plus simple d'utiliser un explosif dissimulé dans un porte-clé : « C'est quelque chose de très pur, à 100 %. Lance ça dans l'avion et tout l'avion saute », avait-il dit. Précisons qu'à l'époque, Charkaoui était bagagiste chez Air Canada.

En octobre 2001, en fouillant la voiture d'Abousfian Abdelrazik, des agents du SCRS avaient découvert des traces de RDX, un composé habituellement utilisé en mélange avec des explosifs. Abdelrazik était lui-même proche d'Abou Zubaydah, d'Al-Qaida, et une bonne connaissance du djihadiste Abdellah Ouzghar.

Projet d'attentat dans le métro de Montréal

Il y eut une autre conversation interceptée, cette fois entre Abdelrazik et un restaurateur proche de la mouvance islamiste. Elle portait elle aussi sur un projet d'attentat. Le restaurateur parlait d'un certain « Adil » qui lui aurait fait part d'une attaque biochimique contre le métro, sans dire de quel métro il s'agissait. Un rapport du gouvernement fédéral mentionnait ceci à propos d'« Adil » : « [M]algré le fait que la teneur de la conversation ne permettait pas de confirmer définitivement l’identité du "Adil" en question, le SCRS était d’avis qu’il s’agissait effectivement du demandeur [Adil Charkaoui, qui poursuivait le gouvernement fédéral] en raison des liens étroits du demandeur avec Abdlerazik [...] et de la prononciation particulière du prénom utilisé [...] ».

Les agents du SCRS ont toujours été d'avis que le métro dont il était question dans la conversation était celui de Montréal. Justement, des plans de celui-ci et des renseignements le concernant avaient été retrouvés dans l'ordinateur d'un des suspects des attentats de Madrid de 2003, Abdelak Chergui, un membre du Groupe islamique combattant marocain, une organisation à laquelle Charkaoui était soupçonné d'appartenir.

Financement du terrorisme

Des agents de la GRC qui surveillaient les déplacements de Charkaoui l'avaient surpris à plusieurs reprises à voler des objets et des documents, des cartes de crédit surtout, dans des automobiles garées près de centres commerciaux de la Rive-Sud. Le SCRS a toujours été convaincu que les fraudes par carte de crédit commis par Charkaoui avaient servi à financer des activités terroristes. Ce dernier n'a jamais été arrêté pour ces crimes.

Néanmoins, il fut arrêté le 23 mai 2003 et accusé d'être un membre du Groupe islamique combattant marocain. Le ministère canadien de l'Immigration émit un certificat de sécurité à son endroit, lequel fut révoqué six ans plus tard à la suite d'une décision de la juge Danièle Tremblay-Lamer qui estimait que la preuve du gouvernement fédéral, selon laquelle Charkaoui était membre du Groupe islamique combattant marocain, était trop mince. Les certificats de sécurité visent à terme à renvoyer des ressortissants étrangers qui représentent une grave menace à la sécurité nationale.

Précisons que le gouvernement canadien et le SCRS ont toujours cru à la culpabilité d'Adil Charkaoui.

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