Terrorisme : comment Ottawa abandonne ses citoyens à l'étranger

Terrorisme : comment Ottawa abandonne ses citoyens à l'étranger

sam, 13/07/2019 – 12:45
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Les témoignages sont accablants : les victimes d'actes terroristes et leurs familles sont laissées à eux-mêmes. À lire.

Voici la ou les sources de cet article : Global News, The Star #1#2 et #3, The Toronto SunThe Canadian Encyclopedia, Wikipedia et Nos CommunesVoici la source de la photo : Mstyslav Chernov, WikimediaCC BY-SA 4.0

Le 17 juin 2010, le juge à la retraite John Major remettait son rapport d'enquête sur l'attentat d'Air India qui avait fait 329 morts, dont 268 citoyens canadiens, en 1985. Le document contenait 64 recommandations et réprimandait les gouvernements canadiens successifs pour avoir traité les proches des victimes de l'attentat en « adversaires, comme s'ils s'étaient en quelque sorte infligé cette calamité ».

À croire que les recommandations de M. Major n'ont pas servi de sources d'inspiration pour le fédéral, car le texte suivant témoigne des embûches que doivent encore surmonter les familles des Canadiens tombés dans le filet du terrorisme à l'étranger lorsqu'elles s'adressent à Ottawa.

Victimes d'Al-Qaida, abandonnées par Ottawa

La Torontoise Maureen Basnicki n'a pas digéré les 10,5 millions que les libéraux ont offerts à Omar Khadr. Et il y a une raison à cela. Alors qu'il était en voyage d'affaires à New York le matin du 11 septembre 2001, son mari, Ken Basnicki, se trouvait dans le World Trade Center lorsque des pirates de l'air d'Al-Qaida ont provoqué l'effondrement des deux plus hautes tours de ce célèbre complexe immobilier. M. Basnicki n'en est jamais ressorti vivant.

Or, quelques semaines après ces événements, Maureen Basnicki recevait une lettre de l'Agence du revenu du Canada (ARC) la menaçant de saisir ses avoirs si elle ne remboursait pas le montant des impôts que son mari devait au fisc. Rien de moins. Ce court récit nous rappelle que même en plein coeur d'un deuil douloureux, on ne peut se soustraire aux aberrations bureaucratiques.

Parlons-en à Frank Poccia. Alors qu'il s'affairait à rénover un aéroport dans le sud-ouest de la Libye, M. Poccia a été enlevé le 19 septembre 2016 par des hommes soupçonnés d'appartenir à Al-Qaida au Maghreb islamique. Lui et deux autres otages, des Italiens, ont été retenus dans un camp en plein désert pendant 47 jours avant d'être libérés par leurs ravisseurs.

Quand l'ingénieur en télécommunications est rentré à Montréal, il n'était pas en mesure de travailler à cause des séquelles psychologiques et d'une commotion cérébrale qu'il avait subies lors de sa détention. Son employeur a accepté de le rémunérer jusqu'en janvier 2017 ; par la suite, bien qu'il fût loin de se sentir prêt pour un retour au travail, il est malgré tout parvenu à y consacrer de 20 à 25 heures par semaine.

L'ex-otage avait entre-temps déposé une demande auprès du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels du Québec (CAVAC). Il n'a obtenu de réponse qu'au bout d'un an et elle était négative : puisque les faits s'étaient produits à l'extérieur de la province, il devait en référer au fédéral, lui avait-on dit. De celui-ci, il reçut à peine 5 000 dollars pour des visites chez un psychologue, mais aucune compensation pour les heures de travail perdues.

« Notre gouvernement nous tenait essentiellement en otage »

Le 21 septembre 2015, les Canadiens John Ridsdel et Robert Hall étaient enlevés avec deux autres personnes à la marina du Holiday Oceanview, aux Philippines, par des militants du groupe islamiste Abu Sayyaf.

C'est l'évidence même que pour les familles des deux hommes, les mois suivants ont été vécus péniblement, surtout qu'à Ottawa, on ne se bousculait pas pour prendre le téléphone afin de les tenir informées des derniers développements. « Notre gouvernement nous tenait essentiellement en otage », a déploré Trudi Shaw, l'une des soeurs de Robert Hall.

Même déception chez les Ridsdel. L'une des filles de John Ridsdel dira que tant le gouvernement que la GRC étaient avares de paroles. Abu Sayyaf réclamait une rançon, ce que le tout nouveau premier ministre Justin Trudeau refusait de lui accorder. À bout de patience, le groupe terroriste décapita John Ridsdel le 25 avril 2016 ; Robert Hall subira le même sort sept semaines plus tard.

Au bout du compte, le ministère de la Justice a proposé aux deux familles de leur allouer un maigre budget pour des services de soutien.

Le Canada fait piètre figure

Vingt-cinq Canadiens ont été tués à l'étranger par des actes terroristes au cours des six dernières années. Seulement l'un de ceux-là a été victime de l'extrême droite, les autres ayant plutôt été la proie de l'islamisme.

Or, les familles de ces victimes sont unanimes à juger que les services offerts par le fédéral sont inadéquats. Ce sont les provinces qui gèrent les programmes mis sur pied pour prêter main-forte aux Canadiens victimes de violence. Mais ces programmes ne s'adressent pas à ceux qui ont été l'objet d'attaques à l'extérieur des frontières canadiennes. Ces derniers peuvent faire appel à un fonds spécial du gouvernement canadien dont la limite est de 10 000 $ par tête.

Les États-Unis ont adopté une approche radicalement différente. Les Américains peuvent entre autres avoir recours à un bureau d'aide qui les oriente à travers les dédales des systèmes juridiques à l'étranger et les réfère à des prestataires de services. Ils peuvent également se tourner vers l'International Terrorism Victim Expense Reimbursement Program afin de recevoir des compensations financières.

Au sein de l'Union européenne (UE), une directive de 2017 invitait les États membres à « adopter des mesures de protection, de soutien et d'assistance répondant aux besoins spécifiques des victimes du terrorisme ». Des régimes d'indemnisation et un centre d'expertise destiné aux victimes d'actes de terrorisme ont déjà été mis en place.

Au Canada, une pétition a été lancée en novembre 2016 pour demander au fédéral d'améliorer les services consulaires pour les familles des victimes d'actes terroristes. La pétition n'a été signée que par 579 personnes et est morte au feuilleton.

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