Médias et parti pris de gauche : les données le confirment

Médias et parti pris de gauche : les données le confirment

mar, 13/08/2019 – 11:30
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Les médias occidentaux penchent à gauche, selon les études. Mais alors : quelles en sont les raisons ? Notre enquête.

Voici la ou les sources de cet article : Le Journal de Montréal, La PresseValeurs actuelles, Wikipedia, The Washington Post #1 et #2, The Washington Examiner, The Hill, France Culture, TVOM, CNNVoici la source de la photo : CC0

Quiconque déplore le penchant de gauche des médias fait-il preuve de conspirationnisme aigu ? Est-il inexact de dire que ces derniers alimentent un certain mépris à l'endroit des porteurs d'idées considérées comme de droite ? Pas du tout, si l'on se fie à des sondages et à des études sur la question.

Les journalistes penchent à gauche et l'admettent eux-mêmes

La firme Harris Interactive a mené une consultation en France auprès de 426 journalistes actifs sur Twitter durant les présidentielles de 2012. Résultat : 58 % des scribes disaient avoir voté au premier tour pour un candidat de gauche, soit François Hollande ou Jean-Luc Mélenchon, tandis que 18 % avaient plutôt accordé leur soutien à Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen n'avait recueilli que 3 % des voix. Au deuxième tour, 74 % avaient appuyé le socialiste François Hollande.

Cette consultation ne faisait que confirmer ce qui avait déjà été découvert en 2001 : 63 % des journalistes français, à l'époque, avaient l'intention de voter à gauche, 6 % à droite. Et la même année où Harris Interactive nous informait du parti pris médiatique, des simulations électorales réalisées dans des écoles françaises de journalisme montraient que les jeunes étudiants et futurs journalistes partageaient les mêmes goûts pour la gauche que leurs compatriotes d'expérience.

Le constat n'est guère différent aux États-Unis. Dans The Media Elite, un ouvrage paru en 1986, les auteurs Robert Lichter, Linda Lichter et Stanley Rothman avaient rapporté que la grande majorité des journalistes américains étaient des électeurs démocrates dont les opinions sur des sujets tels que l'avortement, la discrimination positive, les services sociaux et les droits des homosexuels se situaient nettement plus à gauche que celles du grand public.

Seize ans plus tard, Jim A. Kuypers, de l'Université Virginia Tech, avait traité de la question des préjugés médiatiques dans son ouvrage Press Bias and Politics, où il avait conclu que la presse traditionnelle américaine tendait à favoriser les points de vue de la gauche libérale. Son étude portait sur 116 grands journaux américains, dont le New York Times, le Washington Post, le Los Angeles Times et le San Francisco Chronicle.

Puis selon une autre étude menée en 2013 par les professeurs de journalisme Lars Willnat et David H. Weaver de l'Université de l'Indiana, si une forte majorité de journalistes américains se déclaraient indépendants cette année-là, 28,1 % disaient prendre pour les démocrates contre seulement 7,1 % pour les républicains.

Ces données se reflètent dans le financement électoral. D'après une recherche effectuée par le Center for Responsive Politics pour le compte du journal The Examiner, les dirigeants et employés des réseaux ABC, CBS et NBC auraient versé 1 020 816 $ aux candidats démocrates pour la campagne de 2008, contre 142 863 $ aux républicains.

Le président Obama à lui seul avait reçu 710 contributions d'une valeur totale de 461 898 dollars de la part des mêmes hauts dirigeants et employés des principaux réseaux américains. Son adversaire républicain n'avait pas eu cette chance : John McCain n'avait recueilli que 39 contributions totalisant 26 926 dollars.

Les choses n'avaient guère évolué durant la campagne de 2016, où, selon le Center for Public Integrity, plus de 96 % des dons politiques effectués par des journalistes avaient été versés dans la caisse d'Hillary Clinton.

Les journalistes auraient les coudées franches

On serait tous portés à croire que les holdings propriétaires des médias exercent une pression constante sur les salles de rédaction pour ainsi en orienter la ligne éditoriale. Ce n'est pourtant pas toujours le cas.

L'ex-chroniqueur et souverainiste Pierre Foglia, qui travaillait pour La Presse, un quotidien fédéraliste et libéral, a été formel : pas une fois en 45 ans de carrière il n'a été rappelé à l'ordre par ses patrons. En France, plus de 90 % des journalistes estiment avoir les coudées franches pour faire leur boulot.

Aux États-Unis, John Stankey, PDG de WarnerMedia, la compagnie propriétaire de CNN, est un républicain qui a contribué à la caisse du parti, mais il a toujours laissé le champ libre à Jeff Zucker, directeur de ce réseau médiatique très démocrate et, faut-il le préciser, anti-Trump.

Mais alors : pourquoi les journalistes sont-ils majoritairement de gauche ?

Oui, les lignes éditoriales existent. Si Pierre Foglia avait carte blanche au sein de La Presse, tous les journalistes de ce média ne peuvent en dire autant. Et la situation est la même à Radio-Canada.

Mais ce fameux penchant de gauche que manifestent les journalistes occidentaux trouve son explication ailleurs.

D'abord, il y a toute la question du cadre académique. Les journalistes sont issus des départements d'histoire, de sciences politiques, de sociologie et de lettres, un repaire de partisans de la gauche. Mais il y a plus : le journaliste est imprégné d'une mentalité qui le porte à se dresser devant le politique pour défendre la veuve, le pauvre, l'étranger et l'orphelin. Sur le plan marketing, la stratégie fonctionne et permet de fidéliser la clientèle.

La deuxième question est d'ordre géographique. On pourrait même parler de « géopolitique des médias » tellement le sujet est important. Les plus gros organes de presse ont pignon sur rue dans les grandes villes : New York, Londres, Paris, Washington, Montréal, des centres urbains où la population incline la tête à gauche.

Même si le New York Times est reconnu à l'international, il s'adresse avant toute chose aux New-Yorkais, un fief démocrate. Les éditorialistes doivent se le rappeler lorsqu'ils écrivent leur papier pour ne pas froisser les lecteurs assidus.

La troisième question se rapporte à l'origine même de ces lecteurs. À une certaine époque, les grands journaux s'adressaient à des blancs nationaux. Plus maintenant. « Il est plus important que jamais que les agences de presse reflètent leurs communautés si elles souhaitent fournir un reportage cohérent, juste et équilibré », a écrit Teri Hayt dans The American Society of News Editors, qui réalise chaque année une enquête sur la diversité.

Diversité. Un terme à la mode et qui en mène large, mais auquel les médias ne peuvent plus se soustraire. C'est là où nous en sommes en 2019.

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