Pendre la langue, ou pourquoi je ne lis plus Le Soleil

Pendre la langue, ou pourquoi je ne lis plus Le Soleil

mar, 09/07/2019 – 11:00
Posté dans :
5 commentaires

Vocabulaire pauvre, syntaxe approximative, anglicismes à profusion : la qualité du français s'approche de celle de TVA.

Voici la source de la photo : Michael Ignatieff, FlickrCC BY 2.0

iv>

Direction du Soleil de Québec
opinions@lesoleil.com

« La perte de l'âme est indolore »
Gustave Thibon

Je constate une dégradation marquée de la qualité de la langue chez un grand nombre des « écriveurs » du Soleil. Et ce, depuis assez longtemps désormais.

Vocabulaire pauvre, souvent inapproprié (barbarismes, solécismes…), syntaxe approximative, anglicismes à profusion (ex. du jour : « à date »), termes anglais comme tels (les guillemets, à l'occasion, n'excusent absolument rien : ils ne révèlent que plus nettement, au contraire, les lacunes de l'auteur/e [et de grâce, pour le coup, épargnez-moi « autrice »), etc. Ce n'est pas encore les catastrophiques Nouvelles TVA sur le site cybernéen de Québecor, certes; mais ça ne saurait plus tarder, je crois. Disons que la concurrence s'annonce féroce.

Seule l'orthographie semble tenir bon. Mais où est le sens, dites-moi, femmes et hommes d'informations, et d'opinions (articulées…), quand il ne reste plus que des mots « reliés » par des immensités de béances…?

Et en outre, comment accorder quelque crédibilité intellectuelle que ce soit à un journal qui sait de moins en moins s'exprimer richement, avec nuance, pertinence et précision ???

C'est pourquoi, à vrai dire, je ne lis plus Le Soleil. Je me contente à l'occasion de lire les titres. Et quand, exceptionnellement, je poursuis plus avant la lecture, je décroche à la première errance venue. Ce qui, habituellement, ne tarde pas : avant d'atteindre la huitième ligne du texte, le plus souvent.

Dommage.

Bref. Avec Martin Cauchon, ex-ministre fédéral du Liberal Party of Canada (Capitales Médias), Le Soleil est non seulement toujours aussi péniblement pro-canadian qu'à l'époque de Gesca-Power Corporation-Desmarais Family (même lorsque sans trop l'air d'y toucher…), mais il plonge au surplus dans une langue décidément moins que quelconque.

Il est vrai, soyons honnêtes, à votre décharge, les soleilleux, que les écoles de journalisme, en notre temps, « fournissent » à doses infinitésimales des jeunes gens qui présentent une maîtrise de la langue française supérieure à celle du cégépien-type.

Et pendant ce temps – on me permettra cette digression – il est pratiquement impossible de trouver un seul café à Québec – capitale de la Francité de toutes les Amériques (le croirait-on ?) – où nous ne sommes pas littéralement assommés sinon agressés par l'English Music. Systématiquement. Time after time, enchaînerait ici Cyndi Lauper. Ceci expliquant sans doute cela, du moins en partie. Par effet billard.

Nous éradiquons de notre être collectif notre propre identité. Et comme si ce n'était pas suffisant, nous poussons l'injure jusqu'à prétendre, comme le perroquettent à satiété tous les François Cardinal et les Marc Cassivi de ce monde (La Presse+ of Mount Real), que c'est là « ouverture d'esprit » !

Surréalistement surréaliste, pourrait déclarer quelque obscur descendant de sieur Breton.

L'asservissement volontaire comme acte ultime de haute éthicité.

En d'autres mots : la bêtise sous couvert d'intelligence.

Thank you so much à vous, fils de l'ex-ministre de l'Éducation Jean-Guy Cardinal (en pleine Soixante-Huitardise !). Comme quoi il en est des pouvoirs de la pensée, du jugement éclairé et de l'honnêteté intellectuelle (parlez-en à vos ex-collègues Alain Dubuc et André Pratte) comme il en est des gènes récessifs : certaines « compétences » font parfois hiatus entre deux générations non consécutives.

De bien jolies formules, à la fin, je m'en accuse, sans m'en excuser pourtant, pour désigner la factualité la plus crue : Québécois, nous sommes plus que jamais dans notre Histoire — puissamment convaincus – écran terrifiant – que notre Servitude porte nul autre nom que celui de Liberté — un peuple extraordinairement colonisé.

Et ce, jusqu'au plus profond de notre (bonne) conscience.

Gustave, ce digne fils spirituel de Nietzsche, avait bien raison.

Pour le plus grand malheur de l'Humanité.

Jean-Luc Gouin,

Québec (Quartier Saint-Jean-Baptiste), 8 juillet 2019

Nous avons besoin de votre aide !

Le premier ministre Justin Trudeau s'est allié aux médias traditionnels en leur offrant près de 600 millions de dollars. Au média Le Peuple, nous refusons toute aide gouvernementale. Afin de survivre et de devenir un véritable média de masse indépendant, nous avons cependant besoin de votre implication. Vous pouvez faire la différence.

Aidez-nous financièrement en achetant un abonnement :

Acheter un abonnement

Suivez notre journal afin de ne rien manquer de nos derniers articles :

Suivre le journal

Que pensez-vous de cet article ?