La fuite en avant de nos politiciens répète l'histoire ancienne

La fuite en avant de nos politiciens répète l'histoire ancienne

mar, 05/02/2019 – 17:30
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Le premier ministre du Québec a été courtiser les grandes multinationales lors du dernier Forum économique de Davos.

Voici la ou les sources de cet article : Gouvernement du Québec, Journal de Montréal, Montreal Gazette, Huffington Post, Le Devoir, Érudit, Radio-Canada et Québec InternationalVoici la source de la photo : Courtoisie

François Legault reprend le bâton de pèlerin des principaux ténors québécois de la pensée néolibérale, de Robert Bourassa à Bernard Landry, afin de promouvoir l'image du Québec auprès des grands investisseurs étrangers.

La fuite en avant du Québec Inc.

Il serait important de prendre note de la fuite en avant de nos élites politiques en faveur de toujours plus d'ouvertures face aux marchés internationaux depuis le début des années 1970. Il fallait, selon ce modèle libre-échangiste, que le Québec attire un maximum d'investisseurs étrangers afin de développer de nouveaux marchés susceptibles de briser son isolement face au Canada anglais.

On connaît la suite. Le Québec, tout juste sorti du giron britannique, devenait un satellite des États-Unis ou de l'Union européenne. Ce fut la naissance de ce qu'il est convenu d'appeler le « Québec Inc. », c'est-à-dire une agrégation d'entreprises soutenues par l'État, puis soumises aux desiderata des grandes multinationales qui montaient en puissance à l'époque.

Créer des géants aux pieds d'argile

Bombardier aéronautique, née à partir des restes fumants de la Canadian Vickers de Montréal, est devenue, certes, un des fleurons du secteur manufacturier québécois. Toutefois, de même que la Canadian Vickers avait les mains liées par les commandes passées par l'armée britannique, de même Bombardier aéronautique finira par tomber sous la tutelle d'Airbus, un géant aéronautique créé par un consortium européen.

Que reste-t-il désormais des milliers d'emplois spécialisés de ville Saint-Laurent, alors que Bombardier aéronautique aura entrepris, en moins de deux décennies, de délocaliser la majeure partie de son personnel vers le Mexique ou en Inde, voire la Chine tout dernièrement ?

Le réflexe du courtisan

Le Québec qui maintient des liens privilégiés avec la France ne profite guère de cette relation pour développer son commerce avec l'Hexagone. François Legault, de passage à l'Élysée la semaine du 21 janvier dernier, pestait contre le maigre bilan de nos relations économiques avec nos cousins. Voilà pourquoi le premier citoyen du Québec s'est précipité pour courtiser les grands ténors de l'économie française lors d'un dîner d'apparat qui avait été organisé par la Délégation générale du Québec à Paris.

Clôturant son voyage « diplomatique » en plein Sommet économique de Davos, en Suisse, le premier ministre et son équipe y sont allés de leurs litanies en faveur d'une ouverture tous azimuts de nos frontières aux forces montantes des industries de pointe active sur le marché de la fabrication de satellites ou de liquéfaction du gaz naturel.

Engloutir l'argent des contribuables

Le Québec n'a pas englouti des milliards que pour satisfaire aux ambitions des propriétaires de Bombardier. Plus de 100 millions de dollars avaient été injectés, en pure perte, durant les années 1980 et 1990, afin de tenter de retenir l'usine d'assemblage de General Motors à Boisbriand. Et, que dire des incitatifs fiscaux astronomiques consentis aux géants des jeux vidéo et du multimédia, dans un contexte où plusieurs d'entre eux se sont servi du Québec comme d'un tremplin avant de délocaliser une part importante de leurs effectifs vers « des ailleurs meilleurs ».

Diversifier son portefeuille

François Legault a raison de vouloir prendre les devants sur la scène internationale avant que la crise anticipée de 2019 ne nous rattrape. Mais, il semble avoir oublié que le rôle d'un chef d'État n'est pas le même que celui d'un courtier immobilier. S'inspirant de Louis XIV et de son ministre Colbert, le général De Gaulle préconisait l'utilisation d'un « État-stratège » afin de permettre à la France d'après-guerre de remettre sur pieds des pans entiers de ses fleurons industriels et commerciaux.

Le Québec est, a contrario, une petite nation qui peine à reprendre son souffle dans un contexte où 70 % de ses échanges demeurent tributaires des mouvements d'humeur d'Oncle Sam. S'il est évident que nous devons développer nos antennes économiques, il faut, aussi tisser des liens géostratégiques avec d'autres interlocuteurs : la France, certes, mais aussi la Belgique, l'Allemagne, les pays scandinaves, le Mexique et, pourquoi pas, la Russie.

Toujours est-il que ce n'est pas en courtisant une poignée de multinationales que nous parviendrons à sortir de notre précarité. La Suisse, avec un PIB équivalent au nôtre, est une puissance économique plus performante et le niveau de vie de ses habitants est enviable. Et, pourquoi donc ? Les citoyens helvètes se sont dotés d'une démocratie participative réelle et ils peuvent compter sur un système coopératif qui permet à l'économie domestique de fonctionner, même en période de crise. À suivre …

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