Le marché de l'emploi en Alberta vue par une Québécoise

Le marché de l'emploi en Alberta vue par une Québécoise

sam, 11/05/2019 – 20:00
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Une conductrice d'autobus se vide le cœur et relate les difficultés auxquelles elle a dû faire face dans cette province.

Voici la ou les sources de cet article : Entrevue téléphonique / Voici la source de la photo : Courtoisie

Paule Marcoux est une personne posée au téléphone : elle s'exprime avec douceur, d'un ton parfois inquiet, bien que souvent enjoué. Naturellement, notre conversation se déroule en français, sa langue maternelle. Paule n'est plus à l'aise comme autrefois avec les mots : elle habite en Alberta depuis au moins dix ans; elle s'y est faite. Paule a fini par y faire son nid.

Or, son histoire n'est pas seulement celle d'une Québécoise expatriée ailleurs au Canada. C'est également un regard sur les préjugés à l'égard des francophones dans cette province ; sur les conditions de travail là-bas dans l'industrie du transport par autobus.  

Notre récit nous amène à Fort McMurray, où plusieurs travailleurs utilisent un transport en commun personnalisé pour se rendre chaque jour vers leur lieu de travail, sur les sites pétroliers situés au nord de l'Alberta.

Vision étroite chez certains Albertains en matière de droits linguistiques

Paule Marcoux s'est fait un devoir d'atteindre les standards élevés de l'entreprise albertaine pour qui elle travaillait fièrement et dans un effort soutenu depuis 9 ans en tant que conductrice d'autobus.

Cependant, l'expérience l'a laissée amère pour plusieurs raisons et pas uniquement en raison de son congédiement par l'entreprise en question. Un licenciement discriminatoire et excessif, selon elle.

De la discrimination linguistique, Paule en a subi en Alberta. Elle évoque une fois au cours de laquelle des passagers anglophones avaient interrompu la conversation qu'elle tenait avec des travailleurs francophones à l'avant de son autobus. On lui a alors fait savoir fermement que la langue d'usage dans la province était l'anglais.

Et de la discrimination en milieu de travail, Paule en a aussi vécu. N'eût été le comportement d'une de ses supérieures, elle serait encore à l'emploi de cette compagnie. Bien sûr, Paule était syndiquée. Or, et malgré toutes ses années de cotisations, de sa confiance à l'endroit de son syndicat, celui-ci a déterminé qu'il ne valait pas la peine de la représenter, que son dossier n'était pas viable et qu'il était voué à l'échec.

Des entreprises délinquantes   

Paule a perdu son travail de chauffeuse d'autobus chez son employeur en janvier 2018. Injustement, nous dit-elle. D'une part, on l'a accusée d'avoir commis une faute en conduisant alors que c'est plutôt un collègue qui l'y avait poussé en exécutant une manœuvre illégale.

C'était un soir de novembre 2017. Paule roulait sur la route 63 au nord de Fort McMurray, une des plus mortelles au Canada. Soudain, un autobus de sa compagnie l'a doublée, commettant ce que Paule qualifie de faute grave au code de conduite des employés en matière de dépassement.

Le chauffeur de cet autobus s'est ensuite positionné tout juste devant son véhicule puis a appliqué les freins, provoquant ainsi une situation dangereuse et la réaction spontanée de Paule a été d'effectuer un changement de voie pour éviter un impact potentiel. 

Quoi qu'il en soit, son geste a fortement déplu à l'entreprise, qui l'a sanctionnée pour sa manoeuvre à elle. L'autre chauffeur, dont le dossier de conduite était fortement entaché, a pu maintenir son emploi.

On reprochait également à Paule de mal utiliser son compte Facebook personnel. Elle y a mis une petite photo de son autobus, mais surtout, aurait commenté des publications qui sont, d'après ses supérieurs, « de nature discriminatoire et vont contre les valeurs de l'entreprise ». 

Une politique du deux poids deux mesures, nous confie Paule, puisque plusieurs chauffeurs sont encore actifs sur le réseau social et violent quotidiennement cette règle interne de l'entreprise, preuves à l'appui. 

Elle désire que le monde sache qu'elle n'a rien fait de mal

Paule a tenté de porter sa cause devant la Commission des relations de travail de l'Alberta. Malheureusement, son dossier a été rejeté à nouveau après un an et quatre mois d'attente. Elle n'a pas poursuivi plus loin dans cette voie. 

Aujourd'hui, ses rêves de retraite sont mis à mal : son couple ne vit plus qu'à un salaire. Sa réputation sur le marché du travail en Alberta comme ailleurs est perdue.

De toute façon, son ancien employeur ne lui a pas fait de cadeau, malgré son profil exemplaire, son dévouement, sa loyauté de même que les lettres de remerciement et de recommandation envoyées à son endroit durant ses années de service. Paule sait à quoi s'attendre de ses ex-patrons si on leur demande à son propos. Notons qu'elle a été congédiée tout juste avant son anniversaire.

Lors de notre dernier entretien, Paule nous a avoué qu'elle n'attendait plus rien de cette triste histoire, sauf qu'elle désirait que le monde sache qu'elle n'avait rien fait de mal.

Le Peuple – Les vrais enjeux a tenté de communiquer avec Diversified Transportation, la compagnie pour laquelle Paule a travaillé. L'entreprise n'a pas répondu à notre courriel. 

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